28 mai 2008
A propos de La Commune de Paris
Paroles d'anarchistes - entre les années 1870 et 1930.
Michel Bakounine (1814-1876)
"Pour l'organisation de la Commune, la fédération des barricades en permanence et la fonction d'un Conseil de la Commune révolutionnaire par la délégation d'un ou deux députés par chaque barricade, un par rue, ou par quartier, députés investis de mandats impératifs, toujours responsables et toujours révocables. Le Conseil communal ainsi organisé pourra choisir dans son sein des comités exécutifs, séparés pour chaque branche de l'administration révolutionnaire de la Commune".
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"Donc le triomphe des jacobins ou des blanquistes serait la mort de la Révolution. Nous sommes les ennemis naturels de ces révolutionnaires, futurs dictateurs, réglementateurs et tuteurs de la révolution [...]".
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"Mais restant isolée, aucune commune ne pourra se défendre. Ce sera donc une nécessité pour chacune de propager la révolution au-dehors, de soulever toutes les communes voisines et, à mesure qu'elles se soulèveront, de se fédéraliser avec elles pour la défense commune".
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"ce qui donne de la valeur à cette révolution, c'est précisément qu'elle a été faite par la classe ouvrière".
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"nous ne devons pas diminuer le prestige de ce fait immense, la Commune, et nous devons défendre à outrance, dans ce moment, même les jacobins qui sont morts pour elle".
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"Je suis un partisan de la Commune de Paris, [...] surtout parce qu'elle a été une négation audacieuse, bien prononcée, de l'Etat", et aussi que Paris a porté "un coup mortel aux traditions politiques du radicalisme bourgeois".
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"pour combattre la réaction monarchique et cléricale, ils [les socialistes convaincus] ont dû, oubliant et sacrifiant eux-mêmes les premières conditions du socialisme révolutionnaire, s'organiser en réaction jacobine"
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"Delescluze et bien d'autres avec lui signèrent des programmes et des proclamations dont l'esprit général et les promesses étaient positivement socialistes. Mais comme, malgré toute leur bonne foi et toute leur bonne volonté, ils n'étaient que des socialistes bien plus extérieurement entraînés qu'intérieurement convaincus, comme ils n'avaient pas eu le temps, ni même la capacité, de vaincre et de supprimer en eux-mêmes une masse de préjugés bourgeois qui étaient en contradiction avec leur socialisme récent, on comprend que, paralysés par cette lutte intérieure, ils ne purent jamais sortir des généralités, ni prendre une de ces mesures décisives qui eussent rompu à jamais leur solidarité et tous leurs rapports avec le monde bourgeois.
Ce fut un grand malheur pour la Commune et pour eux ; ils en furent paralysés et ils paralysèrent la Commune ; mais on ne peut pas le leur reprocher comme une faute. Les hommes ne se transforment pas d'un jour à l'autre, et ne changent ni de nature ni d'habitudes à volonté. Ils ont prouvé leur sincérité en se faisant tuer pour la Commune. Qui osera leur en demander davantage?
Ils sont d'autant plus excusables que le peuple de Paris lui-même, sous l'influence duquel ils ont pensé et agi, était socialiste beaucoup plus d'instinct que d'idée ou de conviction réfléchie".
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James Guillaume (1844-1916)
"La révolution de Paris est fédéraliste [...]. Le fédéralisme, dans le sens que lui donne la Commune de Paris, et que lui a donné il y a bien des années le grand socialiste Proudhon [...] est avant tout la négation de la Nation et de l'Etat [...]. Il n'y a plus d'Etat, plus de pouvoir central supérieur aux groupes et leur imposant son autorité ; il n'y a que la force collective résultant de la fédération des groupes [...]. L'Etat centralisé et national n'existant plus, et les Communes jouissant de la plénitude de leur indépendance, il y a véritablement an-archie".
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Arthur Arnould (1833-1895)
"Pas d'Unité ! - Pas de Centralisation ! - Pas de Pouvoir fort ! - L'Autonomie du Groupe et l'Union des Groupes autonomes. Ces paroles, ce sont celles que la Commune vint proclamer à son tour pour la première fois, en essayant de les faire passer dans les faits".
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"Le 18 mars, le peuple rompit définitivement avec la vieille tradition monarchique et jacobine, également affolée d'unité, également intoxiquée de l'idée empoisonnée d'un Pouvoir fort. Le 18 mars, le peuple déclara qu'il fallait sortir du cercle vicieux, couper le mal dans sa racine, non plus changer de maître, mais cesser d'avoir des maîtres, et avec une admirable vision de la vérité, du but à atteindre, des moyens qui pouvaient y conduire, il proclama l'autonomie de la Commune et la fédération des communes" .
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Gustave Lefrançais (1826-1901)
(la Commune )"n'avait pas seulement pour but de décentraliser le pouvoir, mais de faire disparaître le pouvoir lui-même".
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"Le caractère principal, en effet, du mouvement du 18 mars, c'est que ce mouvement aura été le point de départ d'une rupture complète et sans retour possible d'avec les divers partis politiques qui, à différents titres, avaient eu jusqu'alors la prétention de représenter la révolution".
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Louise Michel (1830-1905)
"A la Commune, majorité révolutionnaire, minorité socialiste, reconnaissant enfin le néant des discussions théoriques pures, s'étaient tendu la main et chacun, pour mourir, avait rejoint son quartier".
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"Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c'eût été la Commune composée d'hommes d'intelligence, de courage, d'une incroyable honnêteté, qui tous de la veille ou de long temps, avaient donné d'incontestables preuves de dévouement et d'énergie. Le pouvoir, incontestablement les annihila, ne leur laissant plus d'implacable volonté que pour le sacrifice, ils surent mourir héroïquement. C'est que le pouvoir est maudit, et c'est pour cela que je suis anarchiste"
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Elisée Reclus (1830-1905),
"Jusqu'à maintenant, les communes n'ont été que de petits Etats, et même la Commune de Paris, insurrectionnelle par en bas, était gouvernementale par en haut, maintenait toute la hiérarchie des fonctionnaires et des employés. Nous ne sommes pas plus communalistes qu'étatistes, nous sommes anarchistes..." .
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Pour le congrès annuel de la Fédération jurassienne à la Chaux-de-Fonds:
"Les idées émises sur la commune peuvent laisser supposer qu'il s'agit de substituer à la forme actuelle de l'Etat, une forme plus restreinte, qui serait la commune. Nous voulons la disparition de toute forme étatiste, générale ou restreinte, et la commune n'est pour nous que l'expression synthétique de la forme organique des libres groupements humains" .
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Pierre Kropotkine (1842-1921),
"sous le nom de Commune de Paris, naquit une idée nouvelle, appelée à devenir le point de départ des révolutions futures" et qu'en raison des circonstances "la Commune de 1871 ne pouvait être qu'une première ébauche".
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"[...] elle n'osa se lancer entièrement dans la voie de la révolution économique ; elle ne se déclara pas franchement socialiste, ne procéda ni à l'expropriation des capitaux ni à l'organisation du travail ; ni même au recensement général de toutes les ressources de la cité. Elle ne rompit pas non plus avec la tradition de l'Etat, du gouvernement représentatif, et elle ne chercha pas à effectuer dans la Commune cette organisation du simple au complexe qu'elle inaugurait en proclamant l'indépendance et la libre fédération des Communes".
"Enfermés à l'Hôtel-de-Ville, avec mission de procéder dans les formes établies par les gouvernements précédents, ces révolutionnaires ardents, ces réformateurs se trouvèrent frappés d'incapacité, de stérilité. Avec toute leur bonne volonté et leur courage, ils n'ont pas même su organiser la défense de Paris. Il est vrai qu'aujourd'hui on s'en prend pour cela aux hommes, aux individus ; mais ce ne sont pas les individus qui furent la cause de cet échec, c'est le système appliqué".
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"La solution pratique ne se trouvera, ne se précisera que lorsque le changement aura déjà commencé : elle sera le produit de la révolution elle-même, du peuple en action, ou bien elle ne sera rien, le cerveau de quelques individus étant absolument incapable de trouver ces solutions qui ne peuvent naître que de la vie populaire".
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"Ces hommes, qui seraient si nécessaires au milieu du peuple, et précisément dans ces journées de révolution, pour semer largement leurs idées, pour mettre les masses en mouvement, pour démolir les institutions du passé, se trouvent cloués là, dans une salle, discutant à perte de vue, pour arracher des concessions aux modérés, pour convertir des ennemis, tandis qu'il n'y a qu'un seul moyen de les amener à l'idée nouvelle, c'est de la mettre à exécution".
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"une vie nouvelle demande des formes nouvelles" et "en dehors de l'anarchie, il n'y a pas de révolution".
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"L'indécision régnait dans les esprits, et les socialistes eux-mêmes ne se sentaient pas l'audace de se lancer à la démolition de la propriété individuelle, n'ayant pas devant eux de but bien déterminé. Alors on se laissa berner par ce raisonnement que les endormeurs répètent depuis des siècles. - "Assurons-nous d'abord la victoire ; on verra après ce qu'on pourra faire." S'assurer d'abord la victoire ! Comme s'il y avait moyen de se constituer en Commune libre tant qu'on ne touche pas à la propriété ! [...] On cherchait à consolider d'abord la Commune en renvoyant à plus tard la révolution sociale, tandis que l'unique moyen de procéder était de consolider la Commune par la révolution sociale ! Il en arriva de même pour le principe gouvernemental. En proclamant la Commune libre, le peuple de Paris proclamait un principe essentiellement anarchiste ; mais, comme à cette époque l'idée anarchiste n'avait que faiblement pénétré dans les esprits, il s'arrêta à moitié chemin et, au sein de la Commune il se prononça encore pour le vieux principe autoritaire, en se donnant un Conseil de la Commune, copié sur les Conseils municipaux".
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"Ils [les prolétaires réunis ce jour-là dans les meetings] discutent l'enseignement qu'il faut tirer de la Commune de 1871 pour la prochaine révolution ; ils se demandent quelles étaient les fautes de la Commune, et cela non pour critiquer les hommes, mais pour faire ressortir, comment les préjugés sur la propriété et l'autorité qui régnaient en ce moment au sein des organisations prolétariennes, ont empêché l'idée révolutionnaire d'éclore, de se développer et d'éclairer le monde entier de ses lueurs vivifiantes. L'enseignement de 1871 a profité au prolétariat du monde entier et, rompant avec les préjugés anciens, les prolétaires ont dit clairement et simplement, comment ils entendent leur révolution. Il est certain désormais que le prochain soulèvement des Communes ne sera plus simplement un mouvement communaliste. Ceux qui pensent encore qu'il faut établir la Commune indépendante et puis, dans cette Commune, faire essai de réformes économiques, sont débordés par le développement de l'esprit populaire. C'est par des actes révolutionnaires socialistes, en abolissant la propriété individuelle, que les Communes de la prochaine révolution affirmeront et constitueront leur indépendance".
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Jean Grave (1854-1939)
"Le mouvement qui, à Paris, avait abouti à la Commune, était dû, cela ne fait aucun doute, à un besoin de réaliser les espérances contenues dans le mot République. Car, à cette époque, République signifiait plus qu'un changement politique, signifiait, aussi, un changement économique quelconque, certainement plus de bien-être pour tous. Par quels moyens ces améliorations devaient-elles s'opérer ? Par quelles transformations devait passer l'Etat social pour produire ces résultats ? Cela, il faut l'avouer, très peu, dans ce que l'on est convenu d'appeler la "masse", en avaient une idée, et s'en étaient préoccupés. Et, parmi ceux qui la menaient, ils étaient peu ceux qui avaient quelques idées nettes là-dessus. [...] Ce que les autres [les républicains] n'avaient su - ou voulu - faire, la Commune le ferait !".
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"Mais s'ils furent honnêtes, les hommes du Comité Central furent loin d'être à la hauteur de la situation. Tout le temps qu'ils gardèrent le pouvoir ils ne surent prendre aucune des mesures qu'exigeait la situation [...]. Beaucoup de ces mesures, il aurait été encore temps de les prendre lorsque fut nommée la Commune, mais, celle-ci, tout aussi incapable que le Comité Central, ne sut pas réparer les bêtises de son prédécesseur. [...] Parmi elle, il y avait trop de vieux jacobins qui en étaient restés aux vieilles formules de 93, et qui croyaient qu'en imitant le jargon des révolutionnaires de cette époque ils allaient renouveler la société. La Commune discourut, parlementa, légiféra, mais ne sut faire oeuvre utile. Même ceux qui avaient compris que la question devait sortir de la politique pour devenir économique, n'eurent que des aspirations, des intuitions, rien de précis, capable de se transformer en faits".
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Manuel González Prada (1844-1918)
"La Commune a commis l'erreur gravissime d'avoir été un mouvement politique plutôt qu'une révolution sociale ; et si elle n'était pas morte étouffée dans le sang, elle aurait peut-être sombré dans un coup d'Etat, comme il advint de la République de 48. Ses hommes, aussi redoutables et destructeurs qu'ils aient pu paraître aux habitants honnêtes, éprouvaient à l'égard des institutions sociales et de la propriété un respect véritablement bourgeois. N'osant pas provoquer une crise financière d'une ampleur colossale, ils se sont transformés en gardiens de la richesse entassée dans les banques, ils ont défendu ce Capital - inhumain et égoïste - qui excitait et lâchait contre eux la féroce soldatesque de Versailles".
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Max Nettlau (1864-1944)
"il y avait des restes indélébiles de gouvernementalisme municipal, local, et une méfiance envers l'anarchisme. de même qu'existait la théorie de l'Etat minimum, on croyait à la Commune minimum, gouvernée le moins possible, mais néanmoins gouvernée. Les libertaires qui combattaient avec ces communalistes furent attirés et à la fois repoussés par eux".
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"A cause de la fin héroïque de la Commune, écrit-il, ces faits furent souvent considérés comme secondaires par les libertaires qui les connurent pourtant bien et qui, du reste, pouvaient les contrôler de près au contact des nombreux réfugiés, à Genève par exemple".
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"D'autres, comme Elisée Reclus (qui fut combattant et ardent partisan de la Commune et resta ami de ses défenseurs) ne se laissèrent pas séduire par le communalisme et devinrent toujours davantage des anarchistes clairvoyants. Louise Michel, la combattante la plus enthousiaste de la Commune, après avoir vu se développer les erreurs et l'autoritarisme chez ses meilleurs partisans, devint anarchiste [...] quand elle put réfléchir à ce qu'elle avait vu. Une autre combattante, Victorine Rouchy, devint aussi une des premières anarchistes communistes de Genève. Bakounine ne fut pas absorbé, ni complètement fasciné par la Commune de Paris, comme tant d'autres dont le champ visuel resta limité par ce grand événement. En Italie et en Espagne on n'eut généralement pas cette limitation de vue, mais elle se fit ailleurs et, à mon avis, cela entraîna une certaine désagrégation de l'Internationale".
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Albert Ollivier
"D'ailleurs, ce n'est pas en allant déposer des couronnes sur les tombes des communards, en allant discourir le long du mur des fédérés, que nous maintiendrons vivant l'esprit de la Commune. Trop facile de se donner de la majesté et un faux air de grandeur en allant s'incliner au-dessus des victimes ! La leçon est plus dure, elle exige davantage de nous. C'est par nos actes seuls que nous pourrons maintenir vivant l'esprit de la Commune, en quelque sorte la continuer".
Références:
http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/pariscommune/anarsetcommune.html
- GUERIN : Ni Dieu ni Maître, tome I. - Paris : Maspero, 1974,
- Arthur LEHNING : "Michel Bakounine. Théorie et pratique du fédéralisme anti-étatique en 1870-1871", in 1871. Jalons pour une histoire de la Commune de Paris ; publié ss. la dir. de Jacques Rougerie, avec la collaboration de Tristan Haan, Georges Haupt et Miklos Molnar. - Paris : PUF, 1973, p. 455-473.
- LEHNING, op. cit. et Jeanne GAILLARD : Communes de province, Commune de Paris, 1870-1871. - Paris : Flammarion, 1971, 186 p. (col. Questions d'histoire ; 26).
- Max NETTLAU : Histoire de l'anarchie ; traduction, annotations et commentaires de Martin Zemliak. - Paris : Artefact, 1986, p. 126.
- Jacques ROUGERIE : Procès des Communards. - Paris : Julliard, 1964
- Arthur ARNOULD : Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris [Bruxelles, 1878]. - Lyon : Ed. Jacques-Marie Laffont et associés, 1981 (col. Demain et son double),
- Gustave Lefrançais, Étude sur le mouvement communaliste à Paris en 1871 (Neuchâtel, 1871),
- William SERMAN : La Commune de Paris (1871). - Paris : Fayard, 1986,
- Pierre KROPOTKINE : "La Commune de Paris", Paroles d'un révolté [1885]. - Paris : Flammarion, 1978 (col. Champ politique ; 52),
- Jean GRAVE : Quarante ans de propagande anarchiste. - Paris : Flammarion, 1973 (col. L'Histoire)
- Edward SARBONI : "Dossier histoire : La Commune, 1871", Infos & analyses libertaires, Revue de l'Union Régionale Sud-Ouest de la Fédération Anarchiste, Perpignan, ndeg. 42, septembre 1996
- André NATAF : La Vie quotidienne des anarchistes en France. 1880-1910. - Paris : Hachette, 1986, p. 52-58.
- Albert OLLIVIER : La Commune. - Paris : Gallimard, 1939 (col. Idées, sciences humaines ; 95)
La commune de Paris

En 1870, Napoléon III lance une offensive contre la Prusse de Bismarck.
Les troupes françaises essuient un cuisant revers, Napoléon perd son trône, la République est proclamée. Mais la guerre ne s'achèvera qu'en janvier 1871 par la capitulation du gouvernement républicain de Adolphe Thiers quand les prussiens campent aux portes de Paris.
Le peuple de Paris et la garde nationale qu'il a constitué n'acceptent pas la capitulation. Thiers tente alors de désarmer Paris. Le peuple de Paris se rebiffe et proclame la Commune. Thiers et son gouvernement s'enfuient à Versailles d'où ils préparent, en accord avec les prussiens, leur retour à Paris. La répression sera féroce et restera dans l'histoire sous le nom de Semaine Sanglante.

La Commune de Paris s'inscrit dans un mouvement insurrectionnel plus large. D'autres Communes seront proclamées, à Lyon (Bakounine y participe), Marseille, Toulouse, Narbonne, Saint-Etienne, Le Creusot...
Après la guerre et l'armistice, Paris doit être occupé par les Allemands, le gouvernement français collabore, le peuple lui, refuse cette aliénation, il s'insurge et résiste à l'envahisseur et à son gouvernement félon.
Nous sommes en 1871.
De cette paix honteuse naitra la première révolution sociale de l'humanité : "La commune de Paris"
Après quelques 70 jours d'existence, elle a planté les germes d'une société moderne :
- démocratie authentique,
- émancipation de la femme,
- école gratuite et obligatoire,
- séparation de l'église et de l'état,
- autogestion,
- rejet des exclusions et inégalités,
- diminution du temps de travail (8h/jour par 6 jours),
- règlementation du travail de nuit,
- réquisition des logements vides
Travailler, vivre décemment, sans laissés pour compte, sans discrimination. C'est tout, c'est simple, c'est légitime. humain
Un joli rêve, collectif, des soldats aux consciences civiles. En face, une répression forcenée.
Le résultat, la Semaine Sanglante, 30 000 à 100 000 morts, 40 000 déportés, 4 000 condamnations.

APPEL DES SECTIONS PARISIENNES DE L'INTERNATIONALE AUX OUVRIERS ALLEMANDS
LE 12 JUILLET 1870
"Frères d'Allemagne, au nom de la paix, n'écoutez pas les voix stipendiées ou serviles qui cherchent à vous tromper sur le véritable esprit de la France. Restez sourds à des provocations insensées, car la guerre entre nous serait une guerre fratricide. restez calme, comme peut le faire sans compromettre sa dignité, un grand peuple fort et courageux. Nos divisions n'amèneraient des deux côtés du Rhin qu le triomphe complet du despotisme."
REPONSE DES INTERNATIONALISTES ALLEMANDS:
"Nous aussi nous voulons la paix, le travail et la liberté! Nous savons que des deux côtés du Rhin vivent des frères avec lesquels nous sommes prêts à mourir pour le République universelle."
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Quelques grands écrivains:
Théophile Gautier, Edmond de Goncourt, Paul de Saint Victor, Ernest Renan...
Alors que le peuple mange du rat, du chat, du chien...
... Sans vergogne, ces messieurs s'empifrent au restaurant "Chez Brébant". Après le siège, ils attribuent une médaille au restaurateur. On peut y lire:"Durant le siège de Paris, les quelques amis que nous sommes, ayant accoutumé de se réunir chez Mr brébant ne nous sommes pas une seule fois aperçu que nous dînions dans une ville de deux millions d'âmes assiégées."
... Hugo, Verlaine, et Rimbaud, eux, tressaient des couronnes aux couturières, aux blanchisseuses, aux journalières, aux institutrices de la Commune...
Alphonse Daudet: Quarante Ans de Paris, 1857–1897
Écrit pendant la Commune:
..."Un des derniers jours du mois de mars, nous étions cinq ou six attablés devant le café Riche, à regarder défiler les bataillons de la Commune. On ne se battait pas encore, mais on avait déjà assassiné rue des Rosiers, place Vendôme, à la préfecture de police. La farce tournait au tragique, et le Boulevard ne riait plus.
Serrés autour du drapeau rouge, la musette de toile en sautoir, les communeux marchaient d'un pas résolu dans toute la largeur de la chaussée, et de voir ce peuple en armes, si loin des quartiers du travail, ces cartouchières serrées autour des blouses de laine, ces mains d'ouvriers crispées sur les crosses des fusils, on pensait aux ateliers vides, aux usines abandonnées... Rien que ce défilé ressemblait à une menace. Nous le comprenions tous, et les mêmes pressentiments tristes, mal définis, nous serraient le coeur."...
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Les pétroleuses: mythe ou réalité?
Définition du "Petit Larousse":
Nom donné par les journaux de Versailles à des femmes du peuple qui, pendant la Commune de 1871, auraient utilisé du pétrole pour hâter les incendies.
On attribuait aux pétroleuses les incendies perpétrés dans les quartiers occupés par l'armée de Versailles. L'un des calomniateurs les plus virulents de la Commune, Maxime Du Camp, déclare cependant:
"Dès la matinée du 24, Paris fut pris de folie. On racontait que des femmes se glissaient dans les quartiers déjà délivrés par nos troupes, qu'elles jetaient des mèches souffrées par les soupiraux, versaient du pétrole sur le contrevent des boutiques et allumaient partout des incendies. Cette légende excusée, sinon justifiée par l'horrible spectacle que l'on avait sous les yeux, était absolument fausse; nulle maison de brûla dans le périmètre occupé par l'armée française."
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16 mai 2008
La Commune de Paris - Chansons
Eugène Pottier
C'est en 1884 qu'il compose l'Insurgé en hommage à Blanqui et aux Communards, en 1886 à la Commune.
L'Insurgé,
L'insurgé, son vrai nom, c'est l'Homme,
Qui n'est plus la bête de somme
Qui n'obéit qu'à la raison
Et qui marche avec confiance
Car le soleil de la science
Se lève rouge à l'horizon.
Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L'insurgé se dresse
Le fusil chargé.
On peut le voir en barricades
Descendr' avec les camarades,
Riant, blaguant, risquant sa peau.
Et sa prunelle décidée
S'allum' aux splendeurs de l'idée,
Aux reflets pourprés du drapeau.
Il comprend notre mèr' aimante,
La planète qui se lamente
Sous le joug individuel.
Il veut organiser le monde
Pour que de sa mamell' ronde
Coul' un bien-être universel.
En combattant pour la Commune,
Il savait que la terre est une,
Qu'on ne doit pas la diviser.
Que la nature est une source
Et le capital une bourse
Où tous ont le droit de puiser.
Il revendique la machine,
Et ne veut plus courber l'échine
Sous la vapeur en action.
Puisque l'exploiteur à main rude
Fait l'instrument de servitude
Un outil de rédemption.
Contre la classe patronale,
Il fait la guerre sociale
Dont on ne verra pas la fin
Tant qu'un seul pourra, sur la sphère
Devenir sans rien faire
Tant qu'un travailleur aura faim!
A la bourgeoisie écoeurante
Il ne veut plus payer de rente
Combien de milliards tous les ans?
C'est sur vous, c'est sur votre viande
Qu'on dépèce un tel dividende
Ouvriers, mineurs, paysans.
Elle n'est pas morte,
On l'a tuée à coups de chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.
Tout ça n'empêche pas Nicolas
Qu' la Commune n'est pas morte !
Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et les cent mille assassinats,
Voyez ce que ça rapporte.
On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l'aorte.
Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence.
Achevez les blessés dans leur lit,
Dans leur lit d'ambulance
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.
Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d'ignominie.
Les Maxim' Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte.
C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
À l'enterrement de Vallès,
Ils en étaient tout bêtes
Fait est qu'on était un fier tas
À lui servir d'escorte
C' qui prouve en tous cas Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Bref tout ça prouve au combattant
Qu' Marianne a la peau brune,
Du chien dans l' ventre et qu'il est temps
D'crier vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu'si ça marche de la sorte
Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu'la Commune n'est pas morte !
15 mai 2008
La Commune de Paris - Chroniques
Photo © La RiposteLe 18 mars 1871,
Alors que Paris est encerclé par l'armée prussienne, Thiers, chef du gouvernement de défense nationale, donne ordre à l'armée d'aller récupérer les canons en position sur les hauteurs de Montmartre. Mais la population, qui s'oppose à cette mesure, entoure la troupe. Le général Lecomte commande le feu, mais les soldats mettent crosse en l'air. Lecomte est arrêté ainsi que le général Thomas (un autre fusilleur!). Ils sont passés par les armes par une foule en colère. C'est le début de la révolution. Des groupes d'insurgés se répandent dans la ville. Les autorités, apeurées, se replient en catastrophe sur Versailles. Les révolutionnaires se concertent. Les Blanquistes proposent une marche sur Versailles pour se débarrasser du gouvernement, mais malheureusement leur avis n'est pas suivi. La commune de Paris est en train de naître ; elle ne sera proclamée que le 28 mars.
Photo © Paris en ImagesLe 20 mars 1871, Déclaration d'Emile DUVAL, commandant délégué à l'ex-préfecture de Police:
"Paris, depuis le 18 mars, n'a d'autre gouvernement que celui du peuple : c'est le meilleur. Jamais révolution ne s'est accomplie dans des conditions pareilles à celle où nous sommes. Paris est devenu ville libre. Sa puissante centralisation n'existe plus. La monarchie est morte de cette constatation d'impuissance. (...)."
Extrait du journal officiel de la commune de Paris.Le 23 mars 1871, Proclamation de la commune, à Lyon et Marseille.
Déclaration de l'association internationale des travailleurs (A.I.T) "L'indépendance de la commune est le gage d'un contrat dont les clauses librement débattues feront cesser l'antagonisme des classes et assureront l'égalité sociale.(...)
Nous avons combattu, nous avons appris à souffrir pour notre principe égalitaire, nous ne saurions reculer alors que nous pouvons aider à mettre la première pierre de l'édifice social".
(extraits)A la nouvelle de l'insurrection parisienne, le peuple de Narbonne envahit l'Hôtel de ville le 24 mars, et distribue les armes. Digeon proclame la commune de Narbonne. Elle durera jusqu'au 31 mars. Digeon organisera la lutte mais l'armée reprendra le dessus. Arrêté le 1er avril, il passe en jugement le 13 novembre, et sera acquitté.
Le 25 mars 1871, Proclamation de la commune à Toulouse.
Le 26 mars 1871, Paris, élection des membres de la Commune.
Mouvement insurrectionnels à Saint Etienne, la Commune est proclamée au Creusot.Le 28 mars 1871,
à Paris, place de l'Hôtel de Ville, devant plus de 200 000 personnes, la Commune est proclamée . Le Comité central de la garde nationale s'efface devant les nouveaux élus, membres de la Commune, dont les noms sont lus à la foule qui les acclame, faisant de cette journée une fête révolutionnaire.
Le drapeau rouge, arboré sur les édifices publics, est choisi comme emblème de la Commune.
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"Votre mémoire est née de ces quelques semaines,
compagnons et compagnes, il faut l'utiliser!
Revendiquons les rues, les montagnes, les plaines,
et comme les communards, abolissons l'armée...!
Il faut gratter l'oubli dont on a recouvert
les leçons des copains qui furent assassinés.
Il faut savoir que l'autonomie ouvrière a laissé
dans "l'histoire" des blessures infectées"...
(extrait de la chanson de Serge Utge Royo "Sur la Commune")
Le 28 mars 1871,
fin de la commune du Creusot.Le 31 mars 1871,
fin de la commune de Narbonne, incarnée par Emile Digeon.
Les troupes coloniales soumettent la ville après avoir menacé de la bombarder.Le 4 avril 1871,
tentative de commune à Limoges. Assaut contre la commune de Marseille.Le 12 avril 1871,
La Commune de Paris : "Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la république français, la fraternité, décrète : "Article unique :La colonne Vendôme sera démolie". La colonne sera démolie le 16 mai.Le 19 avril 1871,
extrait de la "Déclaration de la commune de Paris au peuple français".
"La révolution communale commencée par l'initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique.
C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres.
(...) Nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d'accomplir la révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l'histoire. Nous avons le devoir de lutter et de vaincre!"
Le 15 mai 1871, La Commune de Paris lance un appel "Aux grandes villes", qui s'achève par ces mots :
"Si Paris succombait pour la liberté du monde, l'histoire vengeresse aurait le droit de dire que Paris a été égorgé parce que vous avez laissé s'accomplir l'assassinat".Le 16 mai 1871,
la Commune de Paris ayant décidée, par décret du 12 avril 1871, la destruction de la colonne Vendôme (monument de barbarie), celle ci s'abat, à 17 heures 30, en trois morceaux, et l'empereur de bronze qui coiffait son sommet est précipité sur la chaussée. Gustave Courbet sera rendu responsable de ce crime de lèse-majesté.
Photo © La RiposteLe 21 mai 1871,
Début de la "Semaine Sanglante". Les Versaillais, après s'être emparés des forts, entrent dans Paris par la porte Saint-Cloud. Une répression terrible commence. Les massacres et exécutions sommaires feront entre 20 000 et 35 000 morts. Le boucher Thiers pourra déclarer "L'expiation sera complète. Elle aura lieu au nom des lois, par la loi, avec les lois".Le 22 mai 1871,
Les Versaillais s'emparent de plusieurs portes de Paris. Delescluze fait afficher la déclaration suivante : (extrait)
"Au peuple de Paris, à la Garde Nationale, Citoyens, assez de militarisme, plus d'états-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures! Place au peuple, aux combattants, aux bras nus! L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné."Le 24 mai 1871,
Les membres du conseil de la Commune évacuent l'Hôtel de Ville. Pindy donne l'ordre d'incendier le bâtiment; Ferré fera de même pour le Palais de justice et la préfecture de police. Dans la soirée, le quartier du Panthéon tombe aux mains des Versaillais.Le 25 mai 1871,
Exceptée la Butte aux Cailles qui résiste encore, la rive gauche est aux mains de la réaction versaillaise, qui exécute les communards à la mitrailleuse.Le 26 mai 1871,
Combats à la Bastille et à la Villette, les communards se replient dans la soirée sur Belleville et le Père Lachaise. Alors que les Versaillais assassinent les blessés dans les ambulances, la foule se venge en exécutant 50 otages, rue Haxo,(malgré le refus d'Eugène Varlin).Le 27 mai 1871,
Des combats désespérés ont lieu à l'intérieur même du cimetière du Père Lachaise. Les communards seront fusillés contre le mur qui prendra le nom de "mur des fédérés" afin d'honorer leurs mémoires.Le 28 mai 1871,
Le quartier de Belleville qui résistait encore, tire ses dernières cartouches et se tait. La réaction versaillaise contrôle entièrement la ville, mais poursuit les massacres pour exorciser sa peur.




